3h10 pour Yuma / James Mangold (2008)

3h10 pour Yuma / James Mangold (2008)
Article influencé par : Adam Green, MGMT, Arcade Fire

Comment, en 2008, faire un western sans être comparé à L'Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford ?
La réponse est simple : c'est impossible. Donc il faut comparer.

Tout comme Jesse James reposait sur Brad Pitt et Casey Affleck, le nouveau film de James Mangold tient sur deux pattes : Christian Bale et Russel Crowe.
Problème : Russel Crowe est une pâle imitation (volontaire ou non?) du "Jesse James" incarné par Brad Pitt, et pendant les 2h de projection on ne peut s'empecher de mettre la tête de celui-ci sur celle de ce bandit de grand chemin, qui fait furieusement penser cette fois au vrai Jesse James ...
Christian Bale quand à lui offre une prestation assez remarquable, mais son personnage est affreusement mal écrit, insipide, par rapport à la carrure du personnage de Russel Crowe. Il aurait peut-être fallu inverser les deux acteurs pour éviter cette catastrophe ...

Au-delà du duo d'acteurs bancal, Mangold tente de mettre en place un "duel psychologique" sur fond "au final, l'homme est une bête", ce que la fin exprime assez maladroitement. Mais le thème, assez intéressant et riche en possibilités, a été bouffé par les multiples incohérences du scénario : chacun sait que, une fois qu'un bandit a tué deux de vos amis alors qu'il était menotté, on s'arrange pour toujours lui montrer son dos, comme ça il s'échappera plus facilement ... encore mieux : il suffit que trois bandits arrivent et proposent un peu d'argent pour que toute la population d'une ville accepte de liquider son sheriff et de faire une gigantesque fusillade devant leurs maisons !
Mais surtout ne parlons pas de Christian Bale, sensé être unijambiste mais qui cavale dans les rues, sur les toits, et descend un tireur embusqué avec son petit colt, alors que la moitié de la ville lui tire dessus. Elle est bien faite la nature, non ?
La "morale" du film est insipide, on préfère largement se concentrer sur les très belles scènes d'action plutôt que sur la subtilité du propos, qui ne marche pas.

Rien à tirer du montage ou de la musique, un pur classicisme dans la forme. Très efficace il faut bien l'avouer, mais on est à des années lumières d'un Jesse James. Même chose pour la photographie : les images sont soignées et parfois très belles. Mais quand on lit que l'action est sensée se passer dans une période de sècheresse ... oui, bien sur, on y croit ...

Que reste-t-il donc de ce film ? Des très belles scènes d'action, oui. Pas trop d'ennui, on ne perd pas d'argent, mais rien de bien mémorable dans ce très très classique "3h10 pour Yuma". L'original de 1957 est réputé pour être un chef-d'oeuvre, celà dit.

# Posté le dimanche 06 avril 2008 17:03

Modifié le dimanche 13 avril 2008 06:58

Disco / Fabien Onteniente (2008)

Disco / Fabien Onteniente (2008)
L'affiche est évocatrice : alignement d'acteurs-quilles qui n'attend que d'être renversés ou fusillés, et paillettes "bling-bling"
Le nouveau chef-d'oeuvre de Fabien Ontentiente complète parfaitement ses précédents films. Impossible pour le spectateur de s'y perdre, guidé par une beauferie ahurissante. L'hiver et ses alentours sont propices aux "films populaires français", et la saison 2007-2008 est une belle réussite à ce niveau : Ce soir je dors chez toi, L'Auberge Rouge, Astérix, Les Chtis, les Randonneurs à Saint-Tropez ...
Ce petit regroupement du pire du cinéma français permet de dessiner un "guide", pourquoi pas un manifeste de ce fameux cinéma si populaire :
- un acteur principal , mais surtout une accumulation de seconds rôles
- un comique qui fait ses sketches au cinéma
- une tentative d'humour, parfois réussie
- un scénario pas plus long que le titre
- aucune mise en scène
- des effets spéciaux inutiles
- des plans aériens pour débuter le film
- de l'homophobie gratuite
- Francis Lalanne

Mais Disco va plus loin. Non content d'offrir un spectacle pitoyable, Onteniente pousse le vice jusqu'au bout.
Ses quelques défenseurs clament que Disco expose et dénonce le côté "plouc" de la société française. Ah bon ? Pourtant c'est ce même plouc, beauf à souhait incarné par Franck Dubosc, qui finit par gagner. Eh oui, révelation 2008 du cinéma populaire : plus besoin de grandir ! Vous pouvez rester un adolescent toute votre vie, avoir un coeur d'artichaut, ne pas avoir de job, vous comporter comme un gamin attardé, vivre chez maman à 45 ans, ne pas savoir compter, TOUT IRA BIEN. Vous aurez des voyages en Australie, un gamin heureux, une femme qui vous aime, et la gloire bien sur ! Et en cas de problème, Julien Courbet sera toujours là.
Ce cinéma vous invite donc à ne pas regarder ce qui se passe à côté de chez vous, restez uniquement sur vos problèmes (tant qu'ils ne sont pas trop choquants, il ne faut pas ternir l'ambiance disco)
Bien sur, ne remettez pas en cause un seul point de la société actuelle, au contraire montrez tout ce qu'il y a de bien dans les entreprises qui sponsorisent le film dans lequel vous vivez !

Il y a des bons fruits à Buffalo Grill, ah quels rigolos chez Darty leurs vendeurs fond du disco, et ParuVendu sponsorise la boite disco du gentil monsieur.
Par contre les polonais, c'est des vilains aux noms abominables. D'ailleurs, ils doivent tellement s'emmerder dans leur pays qu'ils apprennent le disco, et deviennent gays ....

Ce film navrant et nauséabond a tout de même un avantage : sa musique. Sorte de juke-box de rattrapage pour éviter un naufrage complet, on sous sers et ressers les Bee Gees, Gloria Gaynor et tous les magnifiques tubes des années 70.
Oui, 70, car selon le calcul de Mister Dubosc, la période disco c'était en 2008-20= 1988 ...

# Posté le dimanche 06 avril 2008 11:27

Modifié le dimanche 06 avril 2008 17:02

10 000 / le nom du réalisateur ne doit pas être connu, jamais

10 000 / le nom du réalisateur ne doit pas être connu, jamais
Article sous l'influence de : Patti Smith

C'est avec grand renforts de millions de dollars que le professeur Roland Emmerich nous apprend que :
a) les Egyptiens-Atlantes ont construit les pyramides avec des mammouths il y a 12 000 ans
b) les hommes préhistoriques étaient des rastas qui connaissaient déja Freedent
c) les méchants sont des arabes barbus

10 000 a une étonnante particularité : ce navet intergalactique contient à lui seul 15 fois le même film, qui consiste en "le héros est l'Elu de la prophétie, un vieux sage lui dit qu'il est comme son père, un grand danger attaque la tribu, le héros poutre un gros monstre, des guerriers se joignent à lui pour l'accompagner dans la quête de sa pouf, OH UNE NOUVELLE PROPHETIE !! et c'est reparti). En effet, après un affrontement contre : des mammouths, des dindons géants et un gros chat à qui il parle (ouaaah...), notre héros décide de traverser le désert que personne n'a jamais franchi !!! alors qu'il pourrait suivre le fleuve qui emmène sa bien-aimée vers un espèce de mec en burka qui ne s'est jamais coupé les ongles ...

Bref, a part un scénario aussi plat qu'une crèpe au citron, que reste-t-il de ce film ? Des acteurs minables dont personne ne retiendra le nom (sauf la pouf-fiancée du héros, qui a joué dans la pub Nespresso). Tout comme la perle de Minor était la truie, le meilleur acteur de 10 000 est sans conteste le dindon géant numérique.
En effet, les effets spéciaux sont le seul élément valable du film, pas trop ridicules.
Aucune musique notable pour sauver quoi que ce soit.

Après le presque acceptable "Le jour d'après", Roland Emmerich a donc réussi a réaliser ce qui est pour l'instant le plus minable film de l'année. Totalement sans intérêt, ni propos, ni scénario, ni acteurs, ni crédibilité, ni mise en scène. Rien, du néant absolu. Et des mammouths.

# Posté le samedi 29 mars 2008 18:17

Modifié le dimanche 30 mars 2008 10:18

Bienvenue chez les Ch'tis / Dany Boon

Bienvenue chez les Ch'tis / Dany Boon
Article écrit sous l'influence de : vin blanc a 2¤, Cat Power

Dany Boon est un humoriste lourdingue internationalement reconnu pour sa capacité à attirer 15 millions de français dans un film à la con. Non, Bienvenue chez les Ch'tis n'est pas un méchant film capitaliste, loin de là. C'est même un film gentil, innocent, dont le ch'ti réalisateur a plus profité du marketing que du talent. Les blagues sur l'ami biloute, les chiens, les kiens et autres HEEEEEEIIIN font rire pendant au maximum 3 minutes, mais après ? un vide intersidéral, un spectacle parfois drôle mais surtout lourdingue.

Dany Boon est extraordinaire en "je suis un acteur de merde, je compense mon jeu pourri par des répliques à la con et un surjeu digne de Gérard Jugnot", pendant que Kad Merad entretient une relation totalement sans intéret avec sa "compagne" dont on sait dès les premières minutes que ce sera un happy end. Je peux vous le dire, le très provencal "Philippe Abrams" (cherchez l'erreur), employé à La Poste (réference à un des spectacles pitoyables de Mister Boon) , va devenir amoureux du pays des Ch'tis, Antoine et la pauvre fille vont se marier, Line Renaud ne sert à rien, et y'aura un bétisier à la fin pour combler le vide intersidéral du film.

Non, ce n'est pas un bouse. Même si on s'ennuie les 9/10 du temps, c'est n'est pas tout à fait merdique. Quelques séquences tout de même drôles font rire le spectateur. Mais rien de plus. Rien qui justifie un énorme succès commercial. Par son absence de propos, Dany Boon évite au moins le hors-sujet (voir "10 000" sur ce point ...) mais ne rentre dans aucun. La mise en scène est purement conventionnelle, aucune inventivité. Pas un seul "beau plan" digne de ce nom.

Je parlais de l'ennui un peu plus tôt. Les blagues sur l'accent ch'ti et la dure réalité du Nord-Pas-de-Calais font rire deux secondes, trois pour les plus résistants, 1h45 pour les gros beaufs, mais quand ca dure tout le film ..Ah mais il faut aussi parler de la musique : deux ou trois airs connus, une "dramatisation" très conventionnelle de chaque action des personnages, blablabla. Evidemment, du Jacques Brel pour faire couleur locale, hein.

Je hais Dany Boon.

# Posté le samedi 29 mars 2008 18:17

Modifié le samedi 29 mars 2008 21:06

La Nuit américaine / François Truffaut (1973)

La Nuit américaine / François Truffaut   (1973)
C'est un cri, une grande chanson d'amour au cinéma : la Nuit américaine est plus qu'une déclaration, c'est son amour du cinéma que Truffaut a porté à l'écran. En incarnant lui-même le rôle du réalisateur Ferrand, il donne une force incroyable à cette mise en abyme du cinéma. Non pas de son cinéma, Truffaut a bien pris la peine de filmer le tournage d'un faux film très moyen, "Je vous présente Pamela". Cela permet de le reléguer au second plan pour s'intéresser aux histoires du tournage et aux commentaires de Ferrand/Truffaut, beaucoup plus intéressants. Le rythme ne souffre pas de défaut, on ne s'ennuie pas au fil des péripéties de l'équipe de tournage. Le tout est accompagné d'une très bonne bande son, et il est desservi par une distribution éblouissante (Jean-Pierre Léaud, Nathalie Baye, Truffaut himself ...)

Le mélange entre réalité et cinéma est saisissant, aussi bien dans le faux film que dans le vrai (des personnages du film sont joués par des collaborateurs de Truffaut/Ferrand dans les "deux" films), tandis que Truffaut porte un regard tendre et amusé sur les histoires d'amour et caprices des stars. Il choisit de filmer un tournage en studio pour annoncer la mort d'un certain genre de cinéma, remplacé par celui de la Nouvelle vague avec des acteurs jeunes. Il annonce dans le film que c'est un "monde" qui disparait, avec une fin règledujeu-esque : une mise en scène, un mensonge final pour faire croire que tout se passe bien. Alexandre n'est pas l'intrus comme l'était Jurieu dans le chef d'oeuvre de Renoir, il est l'incarnation innocente d'une forme de cinéma qui meurt avec lui. Le chef décorateur préserve les apparences : après tout c'est son rôle de créer un environnement artificiel.
Les commentaires neutres en voix off de Truffaut permettent au public de mieux comprendre le cinéma, la façon dont il est fait. Truffaut/Ferrand est obsédé par ses réferences et ses souvenirs : Citizen Kane, Cocteau, Hitchcock, Renoir ...

La Nuit américaine est donc un chef d'oeuvre de François Truffaut, bien que certains l'accusent de se laisser aller à un cinéma peut-être plus commercial. L'attribution de l'Oscar du meilleur film étranger par Hollywood n'est surement pas étrangère à ces critiques. On remarque aussi que Truffaut se donne un rôle un peu plus appréciable, c'est le seul qui ne couche pas : il vit par et pour le cinéma, rien d'autre.

Article sous influence du silence intergalactique de la salle info de Poinca

# Posté le vendredi 28 mars 2008 07:10

Modifié le vendredi 28 mars 2008 16:09